06 Juin 1944 - Le parachutiste de Villemagne

Le parachutiste de Villemagne

 Témoignage de Robert Jalbaud.

 6 juin 1944. Le jeune Robert Jalbaud est en train de repiquer des oignons, dans un champ au nord du village,  en compagnie de quelques "sébaïrols". Sans les fameuses "cébes" de Villemagne la France dit-on est en révolution, tant la renommée de ce légume est grande.

 Un avion mystérieux

 Vers les dix heures du mâtin, nos travailleurs sont intrigués par un avion qui tourne au dessus d'eux.Il ne ressemblait pas aux avions allemands que l'on voyait d'habitude.

C'était un avion de chasse de couleur claire, argentée. Après quelques tours au dessus de la ferme de Gazel, un peu plus au nord, le groupe voit un parachutiste quitter  l'avion et deux objets plus petits qui tombent en chute libre. Le parachutiste lui, descend lentement et il est entraîné par le vent de cers, à l'est vers la commune de Saissac.L'avion qui avait continué son vol vers l'ouest, après 1 km en ligne droite, direction Verdun, pique du nez et s'abat. Une forte explosionretentit  et nos amis  voient un panache de fumée  s'élever.  Il était tombé dans uns prairie, devant la ferme de la Roussette, à côté du hameau de Jean Raymond. Robert Jalbaud et un de ses camarades iront le lendemain voir l'endroit de la chute et constateront que l'avion se trouve au fond d'un cratère d'environ 20 m de diamètre, avec des débris éparpillés tout autour.

 

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Première rencontre

De son champ d'oignons, Robert suit des yeux le parachutiste qui descend rapidement, il estime que son point de chute va se situer dans la vallée du Lampy, entre les fermes de Co-de-Borios à Villemagne et Mantélis du côté de Saissac. Abandonnant son champ, courant et marchant (il était ingambe alors) passant en trombe par Co-de-Borios , il continue par un chemin forestier vers les bois communaux, en face de Picou (aujourd'hui colonie de vacances de la ville de Narbonne) .Il progresse alors d'une centaine de mètres, et perché sur un rocher, il aperçoit trois Villemagnols, puis un peu plus bas le pilote en train de calmement replier son parachute, qu'il camoufle.L'aviateur s'avance vers Jean Nespoulet, Teisseyre et Madame Robert de la ferme de Co-de-Borios, et commence à leur baragouiner. Robert descend vers le groupe et demande au parachutiste qui tentait de s'expliquer en Anglais, quelle était sa nationalité, il répond Américain et enchaîne "Invasion to-day" L'invasion aujourd'hui, c'est ainsi que le débarquement fût connu à Villemagne. Il explique à Robert, qui avec les notions d'anglais acquises au collège, présuma comprendre qu'il avait perdu le contact avec son escadrille dans la région de Bordeaux et qu'il voulait rejoindre l'Espagne ? Il montre une carte du sud de la France, et quand on lui précise son point de chute, il parait fort étonné.

Une bonne cachette

Robert décide de le cacher provisoirement, il conseille aux autres de retourner à leur travail et de ne pas parler de la rencontre et au contraire de dire qu'il était tombé de l'autre côté du Lampy , à Saissac. Il prend l'aviateur et l'amène en suivant le chemin forestier, dans une cabane de bûcherons, en dessous du Picou. Il repart à Villemagne, pour déjeuner et chercher des provisions pour l'aviateur. Il emporte la combinaison, le casque avec les écouteurs radio et une botte fourrée (il avait perdu l'autre en sautant). Il laisse le tout camouflé dans un sac à côté du champ d'oignons.Pendant ce temps Arribaud Joseph, pour lors maire de Villemagne , avait cru bon de téléphoner (comme il en avait l'obligation) aux autorités pour signaler la chute de l'avion et du parachutiste. Dans l'après-midi, notre Robert, muni de provisions et du "dictionnaire Anglo-Français" va retrouver son "homme du ciel" en l'occurrence Sous Lieutenant Pagels, 21 ans, de l'armée de l'air Américaine, il lui dit qu'il va prendre contact avec le Maquis (Pagels ignorait totalement de quoi il s'agissait) et lui demande de rester là, qu'il s'occupait de lui.

 Les allemands à Villemagne

En fin d'après-midi, deux camions de soldats Allemands, arrivent à Villemagne, le premier s'arrête à l'entrée du village, et y installe une mitrailleuse. Les soldats s'égaillent dans les rues, causant une grande frayeur à la soeur de Robert, qui rentrait du champ avec dans un sac les vêtements de l'aviateur, mais qui passa tranquillement à côté des soldats sans être fouillée. Le chef du détachement, va chez le Maire, l'embarque dans un camion et les voila partis en direction de Saissac, où ils passent une bonne partie de la nuit, à fouiller les fermes de Mantélis et Saigne-Villemagne. Les Allemands pris par ailleurs, ne se montrent plus.

 Heureux dénouement

 Le mercredi Robert et son camarade Jean, retournent voir Pagels et au retour ils récupèrent le parachute, en se cachant des gendarmes de Saissac qui patrouillaient sur Vialade et Mantelis. Robert prend contact avec Mr Garouste qui faisait le ramassage du lait dans les fermes , et qui était en contact avec le Maquis de la Montagne Noire.

Une dernière fois nos deux amis, vont le jeudi ravitailler, notre parachutiste, qu'ils ne retrouvèrent pas le Vendredi, entre-temps il avait rejoint le Maquis.

Robert n'a jamais revu Pagels, la suite de son histoire est mentionnée dans le "Journal de marche du Corps Franc de la Montagne Noire.

 

 

Journal de marche du Corps Franc de la Montagne Noire

 Mr Garrouste, résistant de Saissac, a signalé au camp de Laprade la présence d'un aviateur américain, tombé en parachute aux environs des Cammazes ; les paysans et les forestiers l'ont hébergé, mais les Allemands font des recherches dans la région pour essayer de le retrouver; il serait préférable de le placer dans une retraite plus sûre et dans quel endroit serait-il plus en sécurité que parmi les jeunes français du Corps Franc. Garrouste conduit l'équipe qui ramène le jeune Américain au camp.

Dès qu'il arrive au camp, le jeune allié d'outre-Atlantique est l'objet de la plus vive curiosité . Chacun veut lui parler. Malheureusement il ne comprend pas la langue française et les épanchements de sympathie se réduisent à des gestes touchants. Il réussit cependant, à faire savoir qu'il se nomme Pagels, mais il est incapable de narrer l'aventure qui l'a amené dans un maquis français. Il faudra attendre l'arrivée du commandant Richardson pour lui permettre de raconter son histoire . en attendant, il se contente, pour marquer sa joie, de sourire à tous, de ses dents de 20 ans.

13 juin Le commandant Richarson était impatient de voir l'aviateur Américain. La rencontre dans une forêt de France du soldat Anglais et de l'aviateur Américain est on ne peut plus émouvante. Pagels pâlit et rougit tour à tour , puis il se met à parler dans arrêt, négligeant les interruptions, comme s'il avait hâte enfin de laisser échapper le paroles que, depuis une quinzaine de jours, il n'avait pu prononcer. On sent chez lui à mesure qu'il parle, comme un soulagement physique; sa figure d'abord contractée se détend et la joie éclate. Il a terminé et il est radieux. Richardson raconte brièvement son histoire. Pilote de chasse, accompagnant une escadrille de bombardement, il s'est égaré au centre de la France jusque sur la Montagne Noire. A court d'essence et ne pouvant atterrir dans cette contrée boisée, il a abandonné son appareil et sauté en parachute.

Texte de Jean Michel
Photos issues des dossiers de Thierry Martinez et de la famille du pilote

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