Histoire d'une famille de Saissac ... les Carles (dernière partie)


Histoire des carles
Notre histoire est un bien précieux,
malheureusement, le temps passant, elle s'oublie !

Nos bibliothèques ou nos vieilles malles, elles, sont de véritables trésors !

En témoigne ce document
trouvé sur une étagère de la BMS,
qui relate la vie d'une famille Saissagaise
aux origines Arfounsoles.

Son auteur y retrace,
de 1818 à 1990,
la vie, les us et coutumes, les joies et les peines
de ses ascendants.

Il a aimablement accepté que je vous fasse partager cette histoire.

Qu'il en soit ici remercié !


Page de garde

Dernière partie !

3 août 1914 !

Deux jours après avoir déclaré la guerre à la Russie,
l'Allemagne déclare la guerre à la France.

C’est la mobilisation générale.

Firmin 31 ans,  Joseph  29 ans sont en âge d’être mobilisés.
Ils acceptent presque avec enthousiasme l’idée de partir, la fleur au fusil,
pour « la der des der », défendre leur partie.
Leur père n’a-t-il pas participé à 22 ans en tant que garde mobile à la guerre de 1870 contre l’Allemand ?
On est patriotes chez les Carles et on aspire à prendre la revanche du désastre de Sedan.

                Les deux frères qui ne se sont pas soustraits aux trois ans de service militaire,
abandonnent donc leurs travaux chez leurs employeurs pour rejoindre les casernes de regroupement.     

                Firmin part pour Marseille
où se forme le 42ème Régiment d’Infanterie Coloniale qui dès la fin Août
participe glorieusement à la première bataille de la Marne.

11 firmin carles en zouaveFirmin en zouave

               
Joseph quant à lui,
se retrouve au recrutement du 343ème Régiment d’Infanterie à Carcassonne
qui sera envoyé en opérations en Alsace et en Lorraine.

 

12 joseph carles assis 3eme a partir de la gauche Joseph Carles assis 3eme à partir de la gauche


13 joseph carles debout a droiteJoseph Carles debout à droite

               
L’un et l’autre se sont trouvés immédiatement engagés dans des combats meurtriers.

                Le moins chanceux, c’est Firmin :
les derniers mois de 1914 et les premiers mois de 1915, son régiment combat 50 jours sans relâche dans la Meuse à St Mihiel.
Relevé par le 34ème RIC pour quelques jours de repos,
le 42ème RIC reprend les combats dans le même secteur, au bois des hautes charrières.
Le régiment est cité à l’ordre de la 3ème armée.

 

28 fiche de recrutement carles firmin 129 fiche de recrutement carles firmin 2Fiche de recrutement

                Le 2 mars 1915,
le 42ème RIC est transporté par camions (sic !) de Pierrefite  à Vauquois où il arrive le lendemain 3 mars.
Dès le jour suivant ils attaquent les lignes Allemandes mais c’est un échec,
l’ennemi étant mieux armé, plus nombreux et ayant reçu des renforts dans la nuit.
Les Allemands contre-attaquent à leur tour le 5, mais ils sont repoussés malgré l’usage qu’ils font des mines.
Le Régiment de Firmin a reçu l’ordre d’enlever le V de Vauquois.
Ils attaquent sans relâche pendant les trois journées des 4,5 et 6 mars.
Ils sont chaque fois repoussés.
Le 8, le régiment est relevé par le 46ème RI.
Il y a eu de nombreux morts et blessés parmi les officiers, sous-officiers et soldats.

 

16 eglise18 butte de vauquoisButte de Vauquois

               
Firmin est gravement touché,
il meurt le 9 avril dans l’ambulance qui le transporte vers un hôpital.

Le rapport dit : « mort des suites de ses blessures ».

Son corps est placé dans une sépulture provisoire.

 

14 mortfirmincarles15 1331163480802

                A la fin de cette guerre si meurtrière,
la veuve de Firmin Carles n’habite plus la maisonnette qui jouxte celle de ses beaux parents.
L’appartement d’une pièce partagé par un grand rideau en chambre et cuisine
qu’elle et son jeune époux avaient aménagé avec amour au 34 rue d’Autan à Saissac
et où été née leur fillette est déserté pour toujours.

                Quelques mois plus tard la famille reçoit des autorités militaires
une proposition de rapatriement « aux frais de l’état » du corps de Firmin.
L’épouse, qui doit prendre la décision,
a quitté le village pour s’installer à Montolieu, un village voisin, auprès d’un vieux monsieur « protecteur ».
Elle refuse le retour de la dépouille de son mari tué au front, malgré les supplications des vieux parents.

                Dans la famille on raconta longtemps que les parents du défunt
se sont agenouillés devant la jeune veuve pour qu’elle donne son accord
afin que la dépouille de leur fils puisse reposer parmi les siens au cimetière du village.
Rien n’y a fait.
Le soldat Firmin Carles sera alors enterré avec ses camarades de combat
dans le cimetière militaire de Vauquois où sa tombe se trouve encore à l’emplacement 133.

17 sepulture de firmin carlesSépulture de Firmin Carles

24 courriermairievauquoisCourrier Mairie de Vauquois

26 cbcfirmincarlesCertificat de bonne conduite de Firmin

La vie dans les tranchées

POUR DONNER UNE IDEE DE LA VIE DANS LES TRANCHEES,
DE LA VIOLENCE DES COMBATS DANS LE SECTEUR OU IL SE TROUVAIT
ET DES CIRCONSTANCES DE LA MORT DE FIRMIN CARLES,
VOICI  UN EXEMPLE DE LETTRES ENVOYEES PAR UN SOLDAT BRETON
QUI SE TROUVAIT AU MEME ENDROIT.

Lettres rédigées par le soldat François, Marie PIERRE,
soldat au 4ème Régiment d’Infanterie puis au 1er Régiment de Génie, Compagnie 5/2 puis Compagnie 5/4,
compagnie particulièrement active dans la guerre de mines en Argonne.

Fin novembre 1914 après avoir participé à des premiers combats,  
François, Marie PIERRE se retrouve à l’hôpital de Compiègne avec une fièvre typhoïde qui faillit l’emporter.

Le 25 mars 1915 il rejoint le 4ème Régiment d’Infanterie en Argonne.

Début Juin, il prend part à la guerre de mines jusqu’à la grande offensive allemande du 13 juillet 1915
qui décimera sa compagnie.
Le lendemain il sera déclaré porté disparu, probablement tombé la veille lors de l’offensive.
Son corps n’a jamais été retrouvé.

Pendant ces 297 jours de guerre, François PIERRE écrira 168 cartes postales et lettres à son épouse.
Certaines d’entre elles, couvrant la période où il était en Argonne,
sont publiées avec l’accord de ses arrières petits-enfants.

Voici des extraits de trois de ses lettres :

LETTRE DU JEUDI 1er AVRIL 1915
(8 jours avant la mort de Firmin Carles)

Argonne, 4ème RI, 1er  bataillon, 3ème Compagnie, 4ème section

Ma Chère Mathurine,

Je t’écris deux ou trois mots pour te dire que je suis toujours assez bien portant et toujours de merveille et, je l’espère, que tu dois être de même à l’arrivée de ma présente lettre. Enfin, ma pauvre Mathurine, je viens de recevoir de tes nouvelles qui me fait bien plaisir de les recevoir comme ça. J’en ai reçu une hier, le 31 mars, du 22 février et l’autre aujourd’hui, le 1er avril, du 25 mars. Comme cela, j’ai reçu 4 lettres en deux jours. La première que j’ai reçue, c’est à l’infirmerie

Enfin, je te dirai que je suis toujours dans les tranchées, à 15 ou 20 mètres des boches et je t’assure que ce n’est pas amusant.

Hier, la journée du 31 mars, ça été bien dur avec leurs canons et leurs mines qu’ils font sous nos tranchées. Ils creusent sous terre à 5 (?) mètres de profondeur et puis, une fois creusé ils avancent sous notre tranchée. A 20 mètres, ils font mettre des charges de poudre et ils font sauter nos tranchées comme des mines. Les sales boches. Ils ont toutes les ruses possibles. Je dirai que vous avons 3 ou 4 mines aussi à faire sauter ces jours-ci car nous sommes obligés de faire comme eux car ce n’est plus une guerre de fusils, ce n’est qu’une guerre de mines….

LETTRE DU DIMANCHE 11 AVRIL 1915
(3 jours après la mort de Firmin Carles tué le vendredi saint 9 avril 1915)

Argonne, 4ème RI, 1er  bataillon, 3ème Compagnie, 4ème section

Enfin ma chère Mathurine tu voudras bien m’excuser de ne pas t’écrire depuis quelques jours mais je n’ai pas eu le temps car, ma pauvre Mathurine, depuis samedi de Pâques dans les tranchées de première ligne et nous avons attaqué le dimanche, lundi, mardi de Pâques et je t’assure que finalement, le plaisir c’est pas de faire les attaques. Si je vis, je me rappellerai de ces 3 ou 4 jours-là. De coucher dans les tranchées à moitié pleines d’eau.

LETTRE DU SAMEDI 10 JUILLET 1915

Argonne, 1er régiment génie, Compagnie 5/4

Ma chère Mathurine,

Je m’empresse de t’écrire deux ou trois mots pour te dire que je viens de recevoir ton aimable lettre avec toujours grand plaisir de savoir de tes nouvelles et surtout en sachant que tu es toujours en très bonne santé ainsi que mes petits chéris enfants que je pense toujours à eux.

Enfin, ma pauvre Mathurine, pour moi la santé va toujours très bien et je désire que ma charmante lettre te trouve de même qu’elle me quitte.

Enfin pour les nouvelles, c’est toujours le même, c’est toujours la souffrance et la misère d’être 10 jours dans les mines à boire de l’eau et des repas froids. Enfin, personne dans le civil ne peut comprendre cette vie qu’on a dans les tranchées et surtout les mines car il faut avoir du sang froid pour pouvoir résister sous la mitraille et les obus. Et dire qu’il faut y rester du matin au soir quand même, et de voir (les) pauvres cadavres en sous nos pieds de chaque instant…

Ce sera la dernière lettre de Pierre…

Il disparaitra quelques jours plus tard lors de l’offensive allemande des 13 et 14 juillet…

Et Mathurine continue d’écrire malgré le retour de ses différents courriers avec la mention
« le destinataire n’a pu être atteint, retour à l’envoyeur. »

Mais le 8 août 1915 elle reçoit une lettre réponse du Capitaine Blanc, commandant de la Cie 5/4
qui lui annonce que le soldat PIERRE a disparu au cours des combats des 13 et 14 juillet en Argonne…

Tout laisse croire à un ensevelissement dans une mine lors de l’attaque allemande du 13 juillet.

La voici veuve de guerre.
Elle n’a que 25 ans…

On peut supposer que le même scénario s’est produit vis-à-vis de la veuve de Firmin Carles qui, avec sa petite fille de quelques mois  attendit longtemps après le 9 avril 1915 les lettres de son homme. Le corps de Firmin Carles, mortellement blessé, a été retrouvé. Ce qui me porte à penser qu’il n’a pas été tué puis enseveli par l’explosion d’une mine allemande mais par une mitraille ou un obus ennemi au cours d’une attaque de tranchées.

Qu’en est-il de Joseph Carles ?

                Joseph,
quant à lui, participe dès septembre 1914 aux opérations d’Alsace et de Lorraine.

Son régiment est transporté en train de Carcassonne à Belfort le 14 août.
Le 19 août, baptême du feu à Didenheim. 5 tués, 22 blessés, 11 disparus.
Le 22 septembre le 5e bataillon du 343eRI est engagé dans une attaque de positions allemandes à Lesseux-Herbaupaire. (19 tués, 31 blessés).
Le 24, 4 compagnies du 343e se précipitent, baïonnette haute,
sur Lesseux sous les ordres du Lieutenant-colonel Prud’homme et finissent par occuper le village malgré de sévères pertes (43 tués, 135 blessés).
Le 25 à 16h, l’attaque est reprise par les 4 compagnies appuyées par l’artillerie
et les chasseurs pour déloger les allemands des tranchées au nord de Lesseux.
Les allemands sont pris ou cloués dans leurs ouvrages par nos baïonnettes.
Nouvelle victoire mais avec 22 tués et 111 blessés.
Les 26 et 27 septembre, les français consolident leurs positions mais les bombardements de représailles des ennemis font 13 tués et 23 blessés.

                Pendant tout l’hiver et jusqu’au printemps 1915,
le 343e maintient et organise ses positions dans cette région des Vosges
tout en subissant régulièrement des bombardements ennemis.

Le 9 avril, jour où son frère est tué sur le front d’Argonne du coté de Verdun,
Joseph est plutôt au calme.
Il apprend seulement que son colonel, le colonel Prud’homme,
est remplacé par le lieutenant-colonel Clouscard qui prend le commandement du 343è RI.

                Le régiment connaît ensuite une longue période de stabilisation dans les tranchées de la région de Violu….


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Mes recherches n’ont pas encore abouti …
Je les poursuis en écrivant aux associations qui s’intéressent au  sort des poilus  de la Grande Guerre.
J’écris :

Bonjour

Joseph, Jean Carles né à Saissac (Aude) le 26 mars 1885 décédé  le10 octobre 1971 à Carcassonne, a fait toute la guerre du 4 août 1914 au 5 mars 1918.
(Il en est revenu gazé et presque aveugle. Il finira sa vie totalement aveugle).

Incorporé à Carcassonne au 343ème Régiment d’infanterie de réserve sous le matricule 09371 a participé au combats de son régiment en Alsace et dans les Vosges jusqu’au 22 mai 1916 date à laquelle son régiment a été dissous. Il devait se trouver à Violu. Là, je perds sa trace.

A partir de la dissolution du 343ème RI, je n’arrive pas à savoir s’il appartenait au :

  •  5ème bataillon du 343ème qui a été transféré au 3ème bataillon du 215ème RI*
  • 6ème bataillon du 343ème qui a été transféré au 253ème RI.

Ce soldat est rentré dans ses foyers avec :

Une citation à l’ordre de la VIIIème armée signée par le général Gérard :

« Soldat Joseph Jean Carles de la Cie 7/52 du 7ème bataillon du génie,

Sapeur du plus grand sang-froid et du plus grand courage

A l’attaque des tranchées ennemies, a pénétré le premier dans un

abri et y a capturé une douzaine de prisonniers »

Q.G. le 3 mars 1918 

Signé Le Général Gérard commandant la VIIIème armée

  • Son tableau des médailles (6 en tout) :

Maladie contractée en service commandé le 22 mai 1918

2 fois cité à l’Ordre de l’Armée et de la Brigade

A fait toute la campagne »

  • Deux photos du soldat Joseph Carles dont une en groupe.

  • Divers objets rapportés de sa guerre.

Pourriez-vous m’assister dans la poursuite de la campagne de ce soldat en m’aidant à retrouver :

                               - Dans quel bataillon il se trouvait au 343ème RI : 5ème ou 6ème

                               - Si, en juin 1916, il a été transféré au 215ème RI ou au 253ème RI et dans quel bataillon.

Cordialement

Serge Carles

N.B. Son frère, Firmin Carles, du 42ème Régiment d’Infanterie Coloniale a été tué à Vauquois le 9 avril 1915.
Il me semble que sur le tableau des médailles de Joseph Carles il y en a concernant son frère Firmin.


 

                En novembre 1918, rendu à la vie civile, Joseph Carles redevenu le berger,
l’ouvrier agricole, le brassier, reprendra, alors que  les gaz de combats en ont fait un homme presque aveugle,
sa modeste vie dans la maison de Saissac qu’occupent désormais,
seuls, ses parents vieillissants rongés par la douleur d’avoir perdu un fils à la guerre
et celle de ne plus revoir leur petite fille Marie -Joséphine emmenée par sa mère à Montolieu.
Heureusement, il y a Petit Paul qui a maintenant 16 ans, qui habite Carcassonne et qui vient les voir de temps en temps.

                Arrive le Noël de l’année 1918.
Pour redonner un peu de vie au foyer et ramener la joie dans la famille,
Joseph, encore auréolé de sa réputation de poilu victorieux, a épousé une jeune fille du pays, Margot Bonafous.
Il deviendra le « Gendrou » pour les gens du village.

 

9 tante margot ep josephcarles jpgMargot

                En 1920, une fillette nait de cette union, Marinette.
L’enfant apporte la joie qui manque à la maisonnée.
Les Noëls de 1921, 22, 23 sont des Noëls heureux où l’on s’efforce d’oublier le malheur
et où l’enfant pousse des cris de joie en découvrant au coin du feu, le matin du 25 décembre,
les nombreux cadeaux confectionnés en cachette par les parents et les grands parents qui recouvrent la paire de sabots neufs que le grand père,
Paul Antoine, devenu sabotier depuis sa retraite au village, lui a fabriqués.

                1924, c’est encore un triste Noël que vivra la famille.

L’ainée, Rosalie, la catholique pratiquante 
qui a payé une plaque à mettre sur le dossier de sa chaise à l’église de village, mariée à Paul Cals,
décède des suites d’une longue maladie.

 

21 photo2

                1925, les malheurs s’enchainent :
La petite Marinette, la fillette qui donnait tant de joie à ses parents et apportait le bonheur dans la maison,
meurt du « mal bleu » en début d’année.
Elle n’avait pas cinq ans.

                Le 25 avril de la même année,
le grand père, Paul-Antoine, celui qui s’était donné tant de mal à installer sa petite famille à Saissac,
au 34 rue d’Autan, quitte ce monde à l’âge de 77 ans, de chagrin peut-être.
Comble de désolation, lui qui aimait tant être entouré,
est enterré seul dans une autre sépulture du cimetière de Saissac
car sa petite-fille tant aimée a été inhumée dans la tombe familiale quelques semaines auparavant.
On ne peut pas, semble-t-il, rouvrir cette sépulture si tôt.

                1928, le 5 janvier,
après un triste noël passé avec son fils Joseph et sa belle-fille Margot,
la grand-mère Victorine, dans un dernier soupir, s’en va rejoindre son mari Paul-Antoine
et la plupart de ses enfants déjà décédés : Rosalie, Jeantil Victor, Firmin et Marinette.

                Désormais, Joseph et son épouse vont vivre seuls et tristes
dans cette maison trop grande pour eux.
Plus de Noël Joyeux.
Ils se contenteront des rares visites de leur neveu, le petit Paul qui est parti en Algérie en 1928,
est revenu marié avec Angèle Almarchas en 1931, a vécu à Carcassonne avec son épouse et ses cinq enfants
jusqu’à son nouveau départ pour l’Algérie, accompagné de sa nombreuse famille en 1946.

                L’indépendance de l’Algérie  fera revenir Paul et les siens en métropole,
à Digne en 1962 puis à Carcassonne en 1963.

                Joseph, complètement aveugle,
passe depuis des années ses journées assis dans le même fauteuil de bois au coin du feu.
Margot s’occupe de lui jour et nuit.
Il ne descend jamais dans la rue.
Les seuls trajets qu’il effectue sont de se rendre le soir dans sa chambre
et de revenir le matin s’asseoir dans son fauteuil.

                1964, Margot la fidèle épouse décède.
Un nouveau malheur touche l’aveugle survivant de la famille Carles de Saissac.
Paul et Angèle le recueillent dans leur maison de Carcassonne où se trouve déjà Elise, la maman de Paul.
La maison n’est pas grande, on les installe tous deux dans la chambre du bas.
La présence des deux garçons de la famille, Serge et Michel,
apporte un fois encore la joie pour ce Noël 1964.

                Mais Joseph ne retrouve plus le goût des Noëls d’autrefois à Saissac.
Muré dans son silence et dans le noir, il « mâchonne » sa cigarette éteinte
qu’il garde des heures au bout des lèvres sans penser à demander qu’on la lui rallume.
Parfois il chantonne, des chansons de sa jeunesse ou des chansons paillardes
qu’il "gueulait" à tue tête dans les tranchées avec ses camarades de combat
pour oublier les explosions des bombes et des mines allemandes.

                Il demande à retourner vivre à Saissac.

La maison est une fois encore repeuplée par la sœur d’Angèle, Félicie, son mari et leur fille Eliane.
L’oncle Joseph, Le « Gendrou »,
vivra ses dernières années en compagnie de ces braves gens,
allant chaque jour, à tâtons, de son fauteuil au coin du feu à son lit dans sa petite chambre 
où le carillon lui indique l’heure, nuit et jour.
Il meurt le 10 octobre 1971 à l’hôpital de Carcassonne avec, à son chevet, son unique héritier, son neveu Paul.
Il sera le dernier à être inhumé dans la terre du cimetière de Saissac.

 

22 p1210751

               
Paul et ses fils ont réhabilité  sommairement dès 1964 la maison du 34, rue d’Autan.
On y vient pendant des années pour les vacances.
Parfois, Paul et Angèle plus très jeunes, accompagnent enfants et petits-enfants pour des séjours à la belle saison.
La nombreuse famille redonne vie à cette vieille maison de Saissac
mais on n’y fête plus Noël depuis que « l’Oncle Joseph » est parti.

                A la fin des années 80 on répare le toit, il en avait besoin.
« Petit Paul » le souhaitait mais il est parti le 2 août 1987
sans avoir eu le temps de réaliser ce projet qui le tenait à cœur.
Il s’était attaché à cette maison, à ce village de son enfance et avait communiqué cet attachement à ses enfants.

                Pourtant il n’a pas été enterré avec les siens.

                A partir des années 90,
la maison de Saissac ne sera plus la maison des Noëls heureux de la famille Carles.
Au contraire, elle pose problème.
Il faut l’entretenir, payer les charges…

                Les cinq héritiers n’arrivent pas à s’entendre pour se partager ces frais.
La majorité décide qu’elle sera vendue.
Hélas, personne n’en veut puisque cette vieille maison,
qui demande une fois encore à être réparée,
ne peut avoir qu’une valeur sentimentale pour quelqu’un qui l’a aimée parce qu’il a été touché par l’histoire de ceux qui l’ont reconstruite,
en ont fait leur maison de famille, y ont vécu de merveilleux moments.

                Tout ce passé est oublié par la plupart.

Alors, la maison est destinée à être démolie,
à jamais effacée avec l’histoire de sa famille.

                Il reste comme seule trace de ces pauvres gens habitants de Saissac
depuis plus d’un siècle, un caveau familial au cimetière du village.

 

Dscf8587La maison Carles aujourd'hui !

 

Fin de cette longue histoire de la famille Carles
qui vous aura, je l'espère, passionnée !
 

Un grand Merci à Serge Carles pour m'avoir permit de vous la transmettre.

 

Carles

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concernant la longue histoire de Saissac
et de ses habitants.

Ceux ci seront scannés et restitués aussitôt !
 

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