Histoire d'une famille de Saissac ... les Carles (1ère partie)


Histoire des carles
Notre histoire est un bien précieux,
malheureusement, le temps passant, elle s'oublie !

Nos bibliothèques ou nos vieilles malles, elles, sont de véritables trésors !

En témoigne ce document
trouvé sur une étagère de la BMS,
qui relate la vie d'une famille Saissagaise
aux origines Arfounsoles.

Son auteur y retrace,
de 1818 à 1990,
la vie, les us et coutumes, les joies et les peines
de ses ascendants.

Il a aimablement accepté que je vous fasse partager cette histoire.

Qu'il en soit ici remercié !


Page de garde


Paul Antoine Carles
voit le jour dans une très modeste  famille d’ouvriers  agricoles vivant depuis des temps immémoriaux 
dans ce rude pays qu’est la Montagne Noire au sud de notre belle France.

                Si l’on fouille dans les archives paroissiales du village d’Arfons (Tarn)
puis dans celles de Saissac (Aude),
on les épuisera toutes sans manquer un seul chaînon de la généalogie de notre jeune héros.

                Ses ascendants, paysans pour la plupart,
vivent chichement dans cette région d’agriculture  et d’élevage du mouton.
La majorité  d’entre eux ne sont pas propriétaires, ils travaillent dans des métairies comme bergers ou ouvriers agricoles.

                Le père de Paul Antoine s’appelle, naturellement, Antoine.
Il est le dernier d’une fratrie de cinq enfants, tous nés à Arfons (Tarn) pendant l’époque  Napoléonienne.
Lui, est né sous Louis XVIII dans ce même village le 14 mars 1818.
Comme ses aînés, il est d’abord berger puis journalier
et passe sa jeunesse parmi les siens jusqu’à son mariage le 24 novembre 1846 avec Marie Bastoul, une jeune fille du village.

                Ils partent alors travailler à la métairie de Rouquet près d’Arfons où ils habitent jusqu’à sa mort en 1849. Il a 31 ans.
 

3 dc carles antoine arfons 22 nov 1849Acte décès de Carles Antoine le 22 Nov 1849

                Paul Antoine naît de l’union  d’Antoine et Marie le 10 janvier 1848 sous le roi Louis-Philippe,
peu avant l’avènement de la 2ème république.
Il grandit à Rouquet, avec son seul frère Antoine Elysée, né le 15 janvier 1850, quelques mois après le décès de leur père.      

                Paul Antoine, devient « brassier », c'est-à-dire ouvrier journalier.
Il commence très jeune à travailler dans la métairie où ses parents étaient employés et logés.
On peut se douter que leur mère, veuve à trente ans, avec deux bébés à charge,
demeurera et trimera toute sa vie dans ce lieu pour élever ses deux  garçons.
Le fait d’être orphelins de père rapproche ces deux frères qui seront très solidaires 
et garderont jusqu’à la mort estime, confiance et amour réciproque malgré le départ et l’embauche de Paul-Antoine
dans une métairie près de Saissac appelée « La Rouge » et qui existe aujourd’hui encore.​

                Le cadet, Antoine Elysée, reste avec leur mère à Arfons.
Il a choisi  le métier de charbonnier dû à la proximité des forêts autour d’Arfons.

                Après un service militaire effectué dans les gardes mobiles, Paul Antoine épouse le 11 Novembre 1873,
sous la 3ème république,
Victorine Gastou, née le 14 mai 1857 sous le second empire et habitant  Massaguel, un village situé  entre Dourgne et Verdalle.

 

23 naissance gastou victorine 15051857 massaguel​​Acte naissance de Gastou Victorine le 15 Mai 1857 à Massaguel
 

1 registre matricule 633 classe 1870 carles antoine eliseeRegistre matricule 633 Classe 1870 Carles Antoine Elisée

                A La Rouge, la vie s’organise pour la petite famille qui s’agrandit rapidement.
Car les enfants, c’est le vrai bonheur dans ces familles paysannes.
Paul Antoine l’ouvrier journalier et son épouse travaillent dur pour élever leurs enfants
et économiser l’argent nécessaire au paiement de la maisonnette qu’ils achètent à Saissac le 13 septembre 1880
avec un crédit sur 10 ans au taux de 5% l’an.

                Leur nouveau logis est déclaré sur l’acte de vente
comme une portion de maison dite de Thibaud  ayant autrefois servi d’écurie et de grange.
Paul Antoine ne sait pas signer.
Il n’est jamais allé à l’école, il n’en a pas eu le temps ni sa mère, les moyens.

                Mais Paul Antoine est dans sa trente-deuxième année.
Le courage et l’ambition ne lui manquent pas.
Il a déjà trois enfants, Rosalie, la première, née le 31 mars 1876, Jeantil Victor, le second, né le 7 octobre 1877, Marie-Louise la troisième née le 5 juillet 1879.
Tous trois ont vu le jour à la métairie de La Rouge qui se trouve à environ six kilomètres de Saissac.             


2 recenssement carles paul antoine la rouge 1881​Recensement de 1881 - Carles Paul Antoine et famille à La Rouge

                Le jeune couple, qui vit heureux avec ces trois enfants magnifiques,
sans le moindre nuage, s’atèle  courageusement à de nombreuses tâches.

                On continue à habiter La Rouge quelque temps car,
le plus dur reste à faire : transformer cette «maison  de Thibaud»
plantée sur trois niveaux, au beau milieu du village, rue d’Autan à Saissac
en une maisonnette accueillante pour une petite famille de cinq personnes.

                Lui, fait sa journée à La Rouge
puis se rend chaque fin d’après midi à Saissac pour y améliorer la maison qu’ils vont bientôt habiter.
Dix km à pied, aller/retour, par tous les temps et souvent de nuit,
ça ramène tard le soir à la maison un homme fourbu mais heureux de voir avancer son travail.
Après une bonne soupe, avec sa compagne, ils se mettent au coin du feu
pendant que les enfants dorment dans le même lit derrière le rideau près de la cheminée et lui,
raconte à sa femme tout ce qu’il à fait dans « leur » maison
et ce qu’il reste encore à faire.

                La maman passe ses journées avec les trois enfants, travaille à la métairie, et,
au moment le plus calme de la journée, alors que les enfants jouent sagement ou dorment,
prépare en chantonnant, les paquets du déménagement.

                Le moment tant attendu arrive,
être enfin et pour la première fois, chez soi, pour cette famille de gens pauvres.
Depuis toujours, leurs  ancêtres n’ont vécu que dans de modestes logis
appartenant à leurs maîtres.

                Le jour de son aménagement, la famille Carles fête l’événement.

                Quiconque à acheté ou construit son logement après avoir vécu plusieurs années « chez les autres »,
peut comprendre le bonheur qui anime ces braves gens.

                Paul Antoine se prend à rêver, l’aîné gardera cette maison après moi et ainsi de suite.
Cette maison restera à jamais « la maison Carles » à Saissac, pense-t-il.
Il envisage aussitôt d’acheter la maisonnette voisine pour agrandir la sienne.
Ce que son fils Firmin fera en 1908 c'est-à-dire 28 ans plus tard.

                Les premiers jours passés dans la nouvelle « propriété » sont de grand bonheur.
Les enfants, euphoriques, courent les rues du village qu’ils découvrent,
jouent aux bassins alors que Victorine s’inquiète des risques que représente ce gros village plein de monde,
de circulation, de dangers.            

                Pourtant il faut que le père continue son travail à La Rouge et la mère, malgré ses inquiétudes,
doit « tenir» cette maison, travail qui, pour elle, est tellement plus difficile que de nos jours.
Elle a convaincu l’aînée, Rosalie, qui n’a que 4 ans, de surveiller son frère et sa sœur, les plus jeunes.

                La maison est grande et accueillante,
le sol du rez-de-chaussée est en terre battue.
On y rentre par une épaisse porte cochère en bois à quatre battants, deux bas, deux hauts.
Cette pièce qui possède une grande fenêtre à petits carreaux tout près des escaliers conduisant à l’étage,
servira à entreposer plusieurs choses :
les outils qui vont servir au jardin et aux champs, une ou deux barriques en bois de chêne pour stocker le vin
puisque le jeune couple a acheté en même temps que la maison, un jardin de 14 ares 60 et une vigne de 20 ares 60 et,
puisqu’il n’y a pas de cour, on y élèvera également des lapins, des poules et un cochon que l’on tuera,
l’hiver venu, pour avoir une bonne nourriture pour les enfants et les parents qui triment du matin au soir.

                Le grenier, au deuxième étage, éclairé par une fenêtre et une lucarne grillagée sur le toit,
servira à stocker quelques réserves de nourriture  (blé, maïs, lentilles et haricots secs, charcuterie, confits  etc…),
des peaux de lapins,  des objets hétéroclites, des encombrants.
On y mettra également les bonbonnes de vin, un pétrin pour faire le pain,
le landau qui prend trop de place dans la cuisine et même un lit à baldaquin 
près du conduit de cheminée qui servira à héberger de temps en temps, pour la nuit, un visiteur.

                Le premier étage sera la partie à vivre :
une petite chambre  avec fenêtre sera celle des parents,
tandis que les enfants dormiront tous trois dans un grand lit placé derrière un rideau dans un coin de la cuisine,
la pièce la mieux chauffée de la maison puisque bénéficiant d’une cheminée,
d’une  fenêtre  orientée vers le sud et d’un « fenestron » avec évier où l’on pose un broc et une cuvette d’eau pour la toilette.
Les WC publics sont dans la rue, à cent mètres, près du bassin-lavoir.
La corvée matinale pour le père sera d’aller y vider le seau hygiénique de la nuit …

                Arrive le soir de Noël, 
les enfants ont placé, comme  d’habitude, leurs sabots auprès de la cheminée
où brûlent, presque en permanence, quelques bûches de bois de chêne ou de châtaigner.
La mère y fait habituellement cuire chaque repas dans une casserole en fer noirci sur un trépied ou
, si la quantité est importante, un chaudron en fonte pendu à une crémaillère.

Plus tard ils achèteront un tourne broche pour faire rôtir les poulets ou les porcelets.

                Depuis quelques jours, une modeste crèche confectionnée par Paul Antoine et Victorine,
a été placée sur une table basse près de la cheminée.
Les personnages sont sculptés en bois et peints.
La présence de chacun a été expliquée aux enfants.
Seul manque encore dans l’étable l’enfant Jésus.

                Les petits savent ce que cela signifie,
la nuit de Noël naîtra le petit Jésus et,
en même temps, le père noël passera déposer, près de leurs sabots de bois,
les jouets qu’ils attendent impatiemment.
A l’idée de vivre ces événements mystérieux et de recevoir des jouets,
ils sont tout excités ce soir là et le marchand de sable ne parvient pas à les endormir.
Les parents qui parlent assez mal le français,
leurs  chantent des chansonnettes en patois (c’est la langue  du pays occitan qu’on continuera à apprendre aux enfants malgré les interdits)
pour faire venir le sommeil.
Enfin au bout d’une bonne heure, ils se retrouvent au pays des rêves et quels rêves,
une farandole de jouets tourne autour de leurs visages poupons.

                Arrive enfin le moment où les deux jeunes parents peuvent,
avec mille précautions, déposer tous ces beaux jouets qu’ils ont confectionnés en cachette,
faute de pouvoir les acheter : la maman a réalisé deux jolies poupées en laines multicolores,
remplies de paille avec de beaux visages peints sur du carton pâte.
Le garçon aura un petit bonhomme en bois ressemblant à un jeune berger portant chapeau, capeline et cornemuse à la main
que le papa, très habile à travailler le bois, a fabriqué pour le petit Jeantil Victor dont il est si fier.
La maman a également confectionné quelques petits biscuits et tricoté des bonnets, des chaussettes,
des débardeurs et des gants de laine neufs pour remplacer ceux de l’année précédente, passablement usés.
Ces vêtements chauds seront bien utiles car il neige abondamment depuis quelques jours.

                La nuit de Noël est courte.
On entend passer dans la rue ceux qui sont allés à la messe de minuit dans la grande église du village.
On chante sous le ciel étoilé
« Douce nuit, sainte nuit… et Il est né le divin enfant…»

                Au matin, c’est le branle bas dans la maison.
Les plus jeunes sont réveillés les premiers.
En chemise de nuit, malgré le froid de la pièce, ils courent, pieds nus vers la cheminée éteinte.
Ils se précipitent, joyeux, sur tout ce qu’ils peuvent attraper près de leurs sabots.
Les cris de joie remplissent l’atmosphère familiale.
Les parents, émus aux larmes, observent leurs trois enfants chéris qui jouent déjà,
assis sur le plancher, avec les plus beaux jouets dont ils rêvaient tout en croquant les biscuits.

                On fait vite le feu dans la cheminée, on fait une petite toilette ,
on avale un petit déjeuner frugal et on se prépare ,
avec de nouveaux vêtements chauds et des sabots neufs que le père a fabriqués à aller courir dans la neige,
faire un bonhomme de neige sur la place aux herbes et se lancer quelques boules d’une neige si blanche
et dont le soleil fait briller les cristaux.

                Le jour de Noël, traditionnellement, on ne travaille pas.
Paul Antoine a prévu de conduire dans une charrette de location,
sa petite famille à Rouquet près d’Arfons pour rendre visite à la grand’mère Marie et à l’oncle Antoine Elysée qui vivent ensemble.
On va manger la poule aux marrons que les maîtres leur ont offerte en cadeau de Noël.

                Les enfants sont heureux de montrer à leur grand’mère ce que leur a apporté le père Noël,
laquelle s’attendrit en voyant déjà parler et marcher la petite dernière, Marie-Louise qui n’a que 17 mois.
On reste longtemps à table, on bavarde, on parle de la nouvelle maison de Saissac.
On rit, on est heureux de passer ce moment ensemble.

                Comme il faut une bonne heure pour faire le trajet retour de Rouquet à Saissac,
la petite famille s’empresse de rentrer avant la nuit car on doit rendre la charrette et le cheval au propriétaire.
Chemin faisant on chante, on s’époumone pour ne pas avoir froid,

                La petite famille est heureuse.
Elle va rejoindre sa maison,
la maison de la famille Carles qui fait leur fierté.

...

Fin de la première partie.

Carles

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Commentaires (1)

Carles Serge
  • 1. Carles Serge | 17/04/2019
Merci infiniment, Eric, pour votre contribution à la diffusion de ma petite histoire de famille.
Merci également pour avoir introduit dans votre blog des documents que je ne connaissais pas.
J'en possède d'autres que je vous ferai parvenir.
Cordialement
Serge

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