Le temps des diligences


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A la fin du siècle dernier seuls quelques propriétaires aisés ou des commerçants fortunés pouvaient se déplacer à cheval ou en voiture particulière. Les gens des métairies avaient leurs attelages de vaches, mais la plupart des gens marchaient à pied. On allait à la ville en sabots ou pieds nus. Arrivés aux portes de Carcassonne, toute la famille laissait sabots ou galoches cachés dans une vigne et enfilaient bottines et souliers, pour entrer "bien chaussée  et on faisait la même opération au retour. Une paire de souliers devait durer longtemps.
 

Malgré la fatigue on aimait ces voyages faits en groupe, avec la famille, les amis, les voisins. On y chantait volontiers; on devisait gaiement.  
En 1850 les frères Bosc de Saissac créèrent les premières lignes de transport de voyageurs. Une ligne partait de Saissac et descendait à Carcassonne par Montolieu, l'autre partait de Saint Denis et rejoignait la plaine par Brousse et Fraïsse où était installé un relais de chevaux. 
Ah ! Qu'il était beau le retour à Saissac de la grande diligence. C'était la vraie, la superbe, avec ses roues énormes, son siège élevé, sa grande bâche cintrée qui lui faisait comme un diadème de toile où s'engouffrait le vent; ses portières jaunes et vertes, ses lanternes astiquées qui brillaient au soleil. Elle tenait toute la route qu'elle parcourait fouet clinquant au pas tintinnabulan de ses quatre chevaux, blancs d'écume, pour s'arrêter triomphante devant le café de la Montagne Noire.  

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La diligence  Saissac Le Lampy Arfons 

La dilgence Arfons Saissac appartenant à Victor Gastou assurait tous les jours le trajet Arfons Saissac aller retour Victor avait un contrat avec la poste pour le transport du courrier La diligence était basée à Arfons Victor ancien sabotier s'était reconverti dans cette activité. 

Après 1918 c'est un petit véhicule Fiat qui assura ce service 

 

JEAN MARIE LOZES VOITURIN
 

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A six heures quand la lourde voiture s"ébranlait, au tintement des colliers à sonnailles pour dévaler au pont de l'Ort, le Jean Marie faisait un  grand signe de croix et les voyageurs novices pâlissaient dès le premier virage. Le voiturin ne lâchait ses rêns, sa pipe et son fouet que pour boire un coup à chaque arrêt : chez la veuve Beautes à Montolieu, à l'affenage Fiches à Moussoulens et à l'auberge Clergue à Pezens.

En deux heures arrêts compris on se retrouvait à Carcassonne devant 'hôtel Notre Dame. Avec son voisin l'hôtel Saint Jean Baptiste, ils formaient au coeur de la ville, un lieu privilégié: affenages, auberges, relais de chevaux, un vrai caravansérail où un va-et-vient continel de voyageurs de tout l'arrondissement donnait une incroyable  animation.
 

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L'après midi à quinze heures la diligence reprenait le chemin de la montagne. A Montolieu elle s'arrêtait quelques instants devant le collège pour laisser souffler les chevaux. Il fallait alors atteler un cheval nommé "renfort" . Homme de caractère, Jean Marie conduisait avec la même autorité ses attelages et sa famille, composée de sa femme Marguerite et de ses deux filles Adélaïde et Clémence. Adélaïde s'étant ariée, c'était la Clémence, qui tous les jours, par n'importe quel temps, souvent pieds nus, conduisait renfort par la bride jusqu'à Montolieu. Une fois le cheval attelé son père l'autorisait à monter à ses cotés pour regagner Saissac. A son arrivée la patache était remisée dans un hangar à coté du café et les chevaux conduits à leur écurie dans le village, dans la rue Urbain Blanc.

A un moment c'était Paul Maurel à qui l'on demandait à la sortie de l'école pourqoi il se pressait répondait "Me cal anar menar le chaval faire prodol  à Petipon à Montoliu".  Faire Prodol consistait à atteler un cheval supplémentaire.  

Les diligences assuraient un service de voitures publiques pour le transport des voyageurs mais aussi des dépêches pour peu que le transporteur, adjudicataire du service soit "connu, de nationalité française, bien famé, de bonne tenue et sache lire et écrire"

En 1896 la diligence descendait tous les jours de Saissac, sauf le vendredi. Deux voitures étaient utilisées, une grande nécessitant l'emploi du fameux "prodol" cheval de renfort et une plus petite qui se contentait de trois chevaux.

Quel beau spectacle que ce départ de toutes ces diligences quittant l'après midi les affenages. Sur la route blanch, sous les platanes, dans le vibrant crissement des cigales, elles allaient sans hâte, d'eux mêmes les chevaux prenaient le trot aux descentes et passaient au pas dans les montées. L'odeur de leur sueur et du beau crottin blond se mêlait aux senteurs de la garrigue et à celle du cuir des harnais. Sur la route on croisait la carriole jaune des gitans, de légères jardinières attelées d'un cheval blanc, des boulonnais aux reins puissants tirant des charrettes chargées  de demi-muids étagés, un tombereau bleu comme la mer avec la charge lie de vin de marc. Pompom avec ses oreilles à vent revenant de sulfater et tirant la boutte avec résignation. 

Un beau matin de mai la route se paraît de chevrefeille parfumé, de la blancheur amoureuse des aubépines, puis se ridait sous la pesante chaleur d'août, se craquelait se pulvérisait . A l'automne, elle devenait une sompteuse allée faite de tous les ors, des ciels de ramiers annonçaient l'hiver, la froidure, la neige; on rencontrait des bergers à cape de bure, des vieilles ployant sous le faix, des écolies encapuchonnés, cartables en bandoulière se hâtant vers l"école si lointaine.

Il y avait toujours parmi les voyageurs, un curé à bréviaire, une mammette entuyautée, un permissionnaire à la baïonette encombrante, une mère et son maïnage, un commis voyageu racontant des histoires. 

Jean Michel

diligence loze

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