Tentative de vol et tentative de meurtre


Il est des lieux
qui doivent être prédestinés
aux faits divers.

Le Conquet en est un !
Il fut en effet souvent le théatre de meurtres,
suicides, guet-apens ...
Peut-être en raison de son isolement.

L'histoire ci-après, se passe en 1910.


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ACTE D'ACCUSATION
Le sieur Mathieu Barthas, domicilié à Lacombe, s'était installé depuis deux mois à la ferme du Conquet, propriété de M. Escande, commune de Saissac, pour surveiller l'exploitation d'un bois. Il logeait avec ses ouvriers à la ferme, dans le même bâtiment que le sieur Brien, métayer. Le 11 juin 1910, ayant à se rendre à Saissac, il quitta le chantier vers 2 h et alla prendre à la ferme des vêtements. Vers quatre heures, la femme Barthas, rentrant dans le logement qu'elle occupait avec son mari, le trouva baignant dans une mare de sang, ne pouvant parler. Barthas était très grièvement blessé, mais son état s'améliora progressivement et il put faire connaître les circonstances de l'attentat.  comme il entrait dans son appartement, il avait aperçu au bas de l'escalier les sabots de Brien, en même temps qu'il avait entendu, venant de sa chambre, des pas étouffés et précipités. Inquiet, il avait rapidement monté l'escalier, s'était mis à la fenêtre surplombant Le sol de 1 m. 50, et avait aperçu Brien traversant nu-pieds la cour. Barthas pensa aussitôt qu'il venait de commettre un vol à son préjudice et, prenant sa saccoche, il constata la dispartion d'un cahier de notes et d'une enveloppe dans laquelle deux jours auparavant il avait reçu une somme de 600 francs. Au même instant, Brien paraissait, armé d'un pic, et se jetait furieusement sur lui, le frappant de toutes ses forces avec le pic et avec sas sabots. Barthas, surpris et étourdi par le premier coup, était tombé évanoui, tandis que son agresseur continuait à le frapper avec violence. Le docteur Valette constatait le soir même que les blessures étaient d'une extrême gravite et pouvalent être mortelles. Il affirmait même que l'auteur de l'attentat avait pu croire sa victime morte. Accusé formellement par Barthas, Brien finit par avouer être l'auteur de l'attentat mais il se défendit en prétendant qu'il avait été provoqué par Barthas qui l'avait injurié et lui avait lancé une hache à la figure. Il a toujours nié avoir commis une tentative de vol. Brien a de mauvais antécédents. Il a subi quatre condamnations dont deux pour coups et blessures, une pour vol et une pour outrage à la pudeur.  il est d'un caractère violent.  
En conséquence, Brien est accusé d'avoir : 
1° à Saissac, le 11 juin 1910, tenté de soustraire frauduleusement une somme d'argent au préjudice du sieur Barthas ; 
2° à Saissac, Le 11 juin 1910, tenté de donner volontairement la mort audit Barthas avec cette circonstance que cette tentative de meurtre avait pour objet d'assumer l'impunité de la soustraction frauduleuse ci-dessus spécifiée, laquelle tentative manifestée par un commencement d'exécution n'a manqué son effet que par des circonstances indépendantes de la volonté de son auteur, crime et délit connexe prévus et punis par les articlLes 379, 401, 295, 304 et 2 du Code pénal.
 
L'INTERROGATOIRE DE L'ACCUSE
Brien est marié et père d'un enfant. Il a subi quatre condamnations à des peines de prison pour outrage à la pudeur, pour coups et blessures et pour vol.
L'accusé avoue qu'il ne vivait pas en bonne intelligence avec Barthas, qui avait confié à un autre le transport du bois coupé. 
Voici sa version de la scène du crime :
Il est allé chercher du maïs dans l'habitation de Barthas, mais il n'est pas entré dans sa chambre pour le voler. Lorsque Barthas se présenta, des injures furent échangées, bientôt suivies d'un corps-à-corps. Barthas lui lança une hache à la tête. C'est pour se défendre qu'il frappa sa victime à coups de sabots et non avec le pic, comme on le lui- reproche. Il n'a pas eu l'intention de tuer. Brien nie avoir su que Barthas avait reçu une lettre chargée deux jours auparavant.
 
LES TÉMOINS
Jules Barthas, 41 ans, marchand de bois à Lacombe, raconte l'attentat dont il a été victime de la part de Brien. Sa version est celle qu'expose l'acte d'accusation. Surpris par lui dans sa chambre, où il n'avait rian à faire, Brien sauta par la fenêtre. L'ayant rejoint dans la cour, Brien s'arma d'un pic et le frappa avec cet outil. Il perdit connaissance et c'est dans cet état que son agresseur le traîna sanglant sur son lit. Il est persuadé que Brien a voulu le tuer ; il le lui dit, du reste, tout en le frappant. Le témoin déclare qu'il se ressent encore des coups qu'il a reçus. Le défenseur souligne certaines contradictions dans Les déclaraiions de Barthas. M. le docteur Valette, médecin à Saissac, fournit des détails sur les blessures reçues par Barthas: quatre blessures à la tête dont une lésion du rocher, des égratignures au cou, emphysème sous-cutané sous le maxillaire et au thorax, résultat d'une tentative de strangulation, fracture d'une côte, ecchymoses à l'épaule et aux hanches. La victime ne pouvait pas parler. Les blessures, très graves, ont été faites par un instrument contondant, sabot ou bâton. Le témoin estime qu'elles n'ont pu être occasionnées par un pic. L'auteur des coups a dû croire qu'il avait tué sa victime.
Au sujet de l'état actuel de Barthas, Le docteur dit que son ouïe est diminuée et que la fatigue générale dont il se plaint est la conséquence de la commotion cérébrale  ressentie.
Emile Iché, gendarme à Saissac, déclare que l'accusé nia tout d'abord être l'auteur de l'attentat contre Barthas et qu'il ne lit les aveux qu'au vu du mandat d'arrêt décerné contre lui.
 
L'audience est suspendue à midi et renvoyée à 2 heures et demie.
A la reprise, on continue l'audition des témoins.
 
Hippolyte Vialade, facteur des postes à Saissac, déclare n'avoir pas dit à Brien qu'il eût une lettre chargée pour Barthas. Il a simplement prévenu Mme Barthas qu'il avait besoin de son mari pour une signature, propos que Brien a entendu.
Mme Barthas raconte dans quel état elle trouva son mari après l'attentat du 11 juin. Dès qu'il eut repris connaissance il accusa Brien.
Louis Baisset et Jules Oustric, bûcherons à Lacombe, ouvriers au service de Barthas, qui furent des premiers rendus à la maison du crime, disant que Brien nia tout d'abord être l'agresseur de Barthas, mais ils ne tardèrent pas à le soupçonner, car ils remarquèrent sur sa joue une tache de sang qu'il se hâta de faire disparaître.
Noël Cousinié, scieur, eut affaire à l'accusé pour le transport de son matériel à la ferme, il dut, à la suite de menaces, lui payer la somme supplémentaire de 20 francs.
 
RÉQUISITOIRE — PLAIDOIRIES. — VERDICT
Avant de donner la parole à l'avocat de la partie civile, M. Le président fait connaître qu'il posera d'office au jury, comme résultant des débats, la question subsidiaire de coups et blessures ayant entraîné une incapacité de travail de plus de vingt jours.
Dans une brillante plaidoirie, Me Soum établit le droit de Barthas à la réparation du préjudice qui lui a été causé par la brutalité de Brien. L'éloquent avocat conclut à une condamnation pénale et à des dommages-intérêts sur le chiffre desquels il laisse à la cour le soin de statuer.
Après l'organe de la partie civile, M. le procureur de la République sollicite à son tour dans un énergique réquisitoire, un verdict de culpabilité.
Avec habileté et talent, Me Nogué s'efforce de réduire la scène du 11 juin à une simple rixe entre deux hommes vivant en mésintelligence. Dans une émouvante péroraison, le brillant défenseur conclut à l'acquittement pur et simple de Brien qui n'a frappé qu'après avoir été provoqué et injurié.
 
Le jury rapporte un verdict négatif sur la tentative de vol et sur la tentative de meurtre, affirmatif sur la question subsidiaire de coups et blessures avec circonstances atténuantes, et la cour condamne Brien à deux ans de prison, 10 francs d'amende et 2.000 frs de dommages.
La session est close.

(L'Express du Midi, 9 novembre 1910)

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